Actualités Géographiques

Analyses Thématiques

Sources Pédagogiques

Dans l’empire du milieu, la démocratie gagne du terrain… à Wukan.

Le 27/11/2014
Les habitants de Wukan, bourgade du Sud de la Chine devenue célèbre après une rébellion contre ses cadres communistes corrompus, ont voté samedi et dimanche lors d'un scrutin municipal inédit et à forte valeur symbolique dans un pays de parti unique.
Dans l’empire du milieu, la démocratie gagne du terrain… à Wukan.
Le vote d'un chinois de Wikan - ph. afp

Avec l'aval des autorités communistes, ce village côtier de la province du Guangdong a pu organiser un scrutin ouvert au cours duquel les électeurs ont choisi librement les sept membres de leur comité de village.

"Nous avons tous le sentiment que c'est un succès. Ca a eu une grande influence sur les gens et je crois que ça a contribué à augmenter la conscience des habitants de Wukan", a déclaré Hong Tianbin, chef d'un comité désigné pour superviser l'élection.

Les 13.000 habitants de Wukan étaient entrés en rébellion en décembre dernier, exaspérés par des saisies de terres depuis des années.

En dépit de la censure, ce soulèvement avait été très suivi sur les microblogs en Chine et le village de pêcheurs était rapidement devenu un symbole de l'aspiration démocratique en Chine, pays dirigé depuis six décennies d'une main de fer par le Parti communiste.

Les habitants avaient chassé les cadres accusés d'avoir saisi des terres pour les vendre à des promoteurs, avant que la répression ne se déchaîne. La bourgade avait été soumise à un blocus, les leaders de la révolte arrêtés. L'un d'eux est mort en prison dans des circonstances suspectes.

Contre toute attente, le gouvernement du Guangdong avait finalement fait des concessions, acceptant notamment l'organisation de cette élection singulière dont une première étape s'est déroulée le 11 février. Ce samedi-là, les habitants avaient élu une centaine de représentants qui devaient présenter à leur tour des candidats pour l'élection de ce week-end.

Quelque 6.800 villageois se sont déplacés dans les bureaux de vote, soit 81% des inscrits mais deux candidats seulement ont atteint le nombre de votes requis pour être élus. Sous le regard de nombreuses mais relativement discrètes forces de l'ordre, les villageois ont formé de longues file d'attente devant des isoloirs de fortune dans la cour d'une école, pour écrire les sept noms sur un bulletin et le glisser dans une urne métallique, ont constaté des journalistes présents.

"C'est vraiment important", confiait l'un d'eux, prénommé Chen. "Nous espérons que le gouvernement de Lufeng (dont dépend Wukan) prendra contact pour régler la question de la terre. Le reste n'est pas tellement important". Lin Zuluan, un des leaders de la révolte, a été élu chef du comité du village avec 6.205 voix, et chef du parti communiste pour Wukan, remplaçant l'homme d'affaires véreux qui avait occupé ce poste pendant 42 ans. Yan Semao a été élu chef adjoint avec 3.609 voix, a rapporté l'agence de presse officielle Chine nouvelle.

Les cinq autre membres devaient être élus dimanche mais les résultats n'étaient pas encore connus en début de soirée. En Chine, où les dirigeants ne sont pas élus directement par le peuple, les villageois peuvent voter au niveau local pour un comité. Mais en général les candidats sont présentés par le Parti, sans opposition. Et quand il y a plusieurs candidats, les fraudes sont fréquentes.

Même si cette élection a attiré moins l'intérêt de la presse chinoise, plutôt discrète, qu'internationale, elle a inspiré de nombreux pétitionnaires d'autres régions venus à Wukan tenter de profiter de la publicité pour faire valoir leurs propres doléances. Sur les microblogs, les Chinois suivaient aussi l'expérience avec intérêt. "Wukan a écrit la première page de l'histoire post-moderne de la Chine", écrivait un internaute en évoquant un "progrès historique".
© afp – 03/2012

Chine  -  International  -  Politique
Voir les autres articles

Réagir à cette actualité

Veuillez vous connecter pour réagir à cet article.
Traduction