Coin d'histoire - Robert Delmas, l'Homme de la Chambre de Métiers

On le connaissait avec les arènes de Fass, puis avec le baptême des allées Canard reliant la Place de l’Indépendance à la place des Tirailleurs longeant le siège de la société qui portait son nom

Pathé MBODJE, M. Sc, Journaliste, sociologue sénégalais

Associée avec le groupe Vieljeu, la famille fut aussi le principal manutentionnaire des années de la coloniale. Mais Robert Delmas fut aussi l'homme qui, par sa ténacité, a été à l'origine de la Chambre de Métiers en 1949, même si le projet était en place depuis 1925.

La double vie des chambres de métiers au Sénégal pose problème : elle dénote d'une double naissance favorisée par le colon et le Sénégal indépendant qui n'a pas voulu se placer dans la continuité. Les chambres de métiers ont en effet été officiellement reconnues par la puissance coloniale par la loi du 26 juillet 1925 ; elles feront l'objet d'une rude bataille des artisans locaux qui demanderont leur organisation au Sénégal entre 1947 et 1950 et seront « créées » en 1977 par le Sénégal indépendant ; elles doivent ce fait administratif par la différence de conception entre ces deux dates : il y a près de cent ans, la notion revoyait à une compréhension plus technique, corporatiste, à la limite maçonnique, dans une compagnonnage maître-apprenti, le préambule de la Constitution française précisant d’emblée que « nul  ne peut être lésé dans son travail ».

C’était bien le moins : l’emploi universel étant une chimère, la débrouillardise devenait constitutionnellement valorisée, surtout s’il s’agit de la rubrique générique de l’ « artisan » consacré par la loi du 27 décembre 1923. Les chambres de métiers, organisées donc par la loi de juillet 1925, "sont, auprès des pouvoirs publics, les organismes des intérêts professionnels et économiques des artisans, maîtres, compagnons de leur circonscription. Par maître-artisan, il y a lieu d'entendre les travailleurs de l'un ou l'autre sexe, qui exercent un métier manuel, à condition qu'ils accomplissent seuls ou avec le concours de leur conjoint, des membres de leur famille, ou de compagnons ou apprentis, et que, d'autre part, ils exécutent ce travail sans se trouver sous la direction d'un patron" (Copie lettre n° du 12 avril 1950 adressée à M. le président de la chambre de commerce de Dakar par le syndicat interprofessionnel des artisans de l'AOF).

Organisés et affiliés à la Confédération nationale des Artisans France et Union française, les artisans et ouvriers qualifiés professionnellement du Syndicat interprofessionnel des Artisans d’AOF avaient en charge l’entretien, la réparation, le façonnage, etc., dans les branches du matériel mécanographique, du matériel mécanique et électrique, de la balancerie, de l’horlogerie, de la reliure et l’imprimerie et de la garniture auto et divers. Le Sénégal indépendant l'a démocratisée et culturalisée, en lui donnant une amplitude plus intellectuelle que purement manuelle par la loi n° 77-92, du 10 Août 1977 qui créait les Chambres de Métiers et leur Union dans chaque Région.

La lettre collective présentant un référendum en 9 points adressé au Haut commissaire de l'AOF le 24 mars 1950 demandait instamment la création d'une chambre de métiers à Dakar, conformément à la loi du 26 août 1925, pour la sauvegarde des intérêts professionnels d'artisans ; la question avait déjà été soumise en 1947, le 20 septembre, par le conseiller Robert Delmas à l'intention du Conseil général du Sénégal. L'institution de la chambre ressortissait en effet plus de la puissance administrative que consulaire ; ce vœu émis par le conseil général engendrera la naissance  de chambres de métiers au Sénégal le 23 octobre 1947, dans les circonscriptions territoriales du ressort des chambres de commerce de Dakar, Thiès, Saint-Louis, Kaolack et Ziguinchor.


Population artisanale
La population artisanale est de 1.200.000 dont ¼ à Dakar donc 300.000 artisans répartis ainsi :

•    200.000 apprentis

•    100.000 entreprises artisanales

L’artisanat représente 18% de la population active qui participe au PIB national, onze (11) Chambres de Métiers dont une par région. Chaque Chambre de Métiers et administrée par une Assemblée Générale de vingt sept (27) membres titulaire et suppléants dont un bureau exécutif avec un compagnon dans le bureau ( le bureau est renouvelable tous les 6 ans).

L’artisanat sénégalais comporte à nos jours 120 corps de métiers répartis en trois groupes :

•    L’artisanat de Production (tailleurs, menuisiers, maçons…..)

•    L’artisanat d’Art (maroquiniers, bijoutiers, peintres d’art, sculpteurs…)

•    L’artisanat de Service (coiffeurs, mécaniciens, électriciens, plombiers, tourneurs, fondeur…)

La section Production prend les 68 % de la population artisanale, la section Artisanat 17 % et la section Service 15 %

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